France-Portugal : le grand chassé-croisé budgétaire et financier européen...

Publié le par Michel Lefrançois

Après le RNH : Rester au Portugal ou revenir en France ? Le choc des trajectoires
Chers amis, bonjour,

Aujourd'hui je vous livre le propos introductif que j'ai fait à la Conférence du 20 mai 2026 sur le patrimoine et la fiscalité des Français du Portugal organisée à Tavira par l'Association Franco-Portugaise Ria Formosa. Cette conférence visait à éclairer le choix des auditeurs à cette question : Avec la fin du régime fiscal des résidents non habituels (RNH), rester au Portugal ou revenir en France ?

"... S'installer et vivre au Portugal est un magnifique projet de vie, stimulant et enrichissant. Pourtant, nous ne pouvons pas ignorer le contexte dans lequel nous évoluons : nous vivons aujourd'hui une période d'instabilité mondiale inédite. La fragmentation géopolitique, les tensions internationales et la volatilité des marchés financiers redéfinissent en permanence les règles du jeu. Face à cette incertitude, une certitude demeure : la souveraineté des États passe par la solidité de leurs comptes.

C'est précisément ici que les destins économiques de la France, notre pays d'origine, et du Portugal, notre pays d'accueil, divergent radicalement. Comprendre ce chassé-croisé budgétaire est la première clé pour protéger et optimiser son patrimoine.

Le choc des deux trajectoires budgétaires :

Pour anticiper la fiscalité de demain, il faut regarder le portefeuille des États aujourd'hui.

D'un côté, nous avons la France, actuellement en zone de lourdes turbulences. Avec un déficit public massif de plus de 5 % du PIB et une dette publique qui frôle les 118 % du PIB, Paris n'a plus aucune marge de manœuvre. Sa seule option pour tenter de redresser la barre est la recherche agressive de nouvelles recettes, créant une instabilité fiscale permanente pour les contribuables, qu'ils soient résidents ou non-résidents. La guerre actuelle US/Israël - Iran aggravera la situation budgétaire de la France si elle dure avec un déficit qui pourrait atteindre les 6%. De l'autre côté, nous avons le Portugal, souvent présenté comme le bon élève européen. Grâce à une discipline budgétaire stricte, le pays affiche un excédent public et une dette repassée sous la barre des 90 % du PIB.

Mais le Portugal a des fragilités structurelles

Attention, pour que notre analyse soit juste, nous devons regarder la réalité en face et sous tous ses angles. Ce "miracle budgétaire" portugais cache des fragilités structurelles majeures que nous constatons d'ailleurs au quotidien :

  • Une économie très exposée : Le modèle portugais reste hyper-dépendant du tourisme et des services. C'est un moteur puissant, mais c'est aussi une grande vulnérabilité face aux crises cycliques mondiales.
  • Une inflation locale persistante : Contrairement à la France où elle s'est calmée, l'inflation reste tenace au Portugal, officiellement autour de 2,3 % à 2,5 %. Elle pèse lourdement sur le coût de la vie, l'alimentation et les services.
  • Un défi social et d'infrastructures : Le pays traverse une crise aiguë du pouvoir d'achat pour la population locale. La proximité de l'Espagne introduit ici un effet miroir sur le plan social : l'intensité des mouvements sociaux espagnols actuels crée un risque de contagion par capillarité sur le front syndical portugais. Les tensions dans le système de santé public (SNS) et les besoins de financement des écoles restent entiers. Le Portugal doit en outre faire face au financement d’une croissance soutenue, ce qui l’obligera à investir dans la durée pour améliorer et développer l’ensemble de ses infrastructures publiques stratégiques : routes, aéroport, réseaux,  et autres….
  • Et le coût du logement qui explose ... 
En outre, si la trajectoire des comptes publics est rigoureuse, la soutenabilité du modèle à long terme est aujourd'hui interrogée par la dynamique de son capital humain.

Mais le véritable défi est ailleurs, il est démographique. Le pays fait face à une fuite structurelle de sa jeunesse qualifiée, notamment dans des secteurs critiques comme la santé ou l'ingénierie. Le Portugal fait face à un exode massif de ses jeunes cerveaux et de sa main d'oeuvre qualifiée (les 15/39 ans) vers des pays offrant de meilleurs salaires et des perspecptives de carrière.(Selon les données der  l'Observatoire de l'Émigration). Ces jeunes diplômés quittent le territoire pour s'installer au Luxembourg, en Suisse, en Allemagne ou en France. Cet exode pèse lourd dans les comptes publics du Portugal.

Cet exode des compétences est un caillou dans la chaussure du modèle portugais. Pour Lisbonne, l'enjeu des prochaines années ne sera plus seulement de stabiliser sa dette, mais de retenir les forces vives indispensables à la modernisation de son économie réelle.

Le paradoxe de l'immobilier

Cette tension est particulièrement visible sur le marché immobilier, qui est le moteur surchauffé de l'économie. L'immobilier a sauvé le pays après la crise de 2008, mais il a créé une déconnexion totale entre les prix et les salaires locaux. Pour les expatriés, la donne a changé : se loger ou investir au juste prix demande aujourd'hui une sélectivité extrême.

Et ne nous trompons pas : l'arrivée de résidents nord-américains à fort pouvoir d'achat ne règle rien aux problèmes structurels du pays. Au contraire, cet effet américain maintient les prix de l'immobilier haut de gamme sous pression et accentue la fracture sociale, sans apporter de solution durable pour le financement des infrastructures publiques.

Quel impact sur son patrimoine personnel ?

Le constat est donc double :

En France, le risque est purement fiscal car l'État va traquer la matière imposable. Face à la gravité de la situation, l'Etat a-t-il un autre choix que de faire feu de tout bois ? Il envisage déjà des mesures, sans réelles lignes directrices, allant de l'augmentation de la TVA au retour de la taxe d'habitation en passant par la quasi disparition des niches fiscales et autre mesure de type augmentation de la fiscalité des hauts revenus.

Au Portugal, le risque est monétaire, sectoriel et social : Il convient plutôt de protéger son capital et son patrimoine de l'inflation et d'éviter les pièges d'un marché immobilier surchauffé. Pour financer ses défis sans creuser son déficit après avoir épuré la situation budgétaire, l'État portugais fait d'ailleurs évoluer ses règles, en orientant désormais ses incitations fiscales vers l'économie réelle plutôt que vers la seule et facile spéculation immobilière. 

Ce virage est d'autant plus inéluctable qu'une forte pression sociale va probablement s'exercer pour exiger des solutions face à la crise du logement et à une inflation soutenue

En clair : En France, il faut se protéger de la fiscalité. Au Portugal, il faut adapter ses structures patrimoniales pour protéger son capital de l'inflation.

En conclusion : La situation financière et économique entre la France et le Portugal est contrastée voire opposée. Pour le particulier français, la situation est assez simple : si la trajectoire budgétaire de la France exige une vigilance patrimoniale immédiate, le Portugal, malgré ses défis, présente des atouts uniques.
L'ambiance générale, la sécurité globale du pays, la douceur du climat, la qualité de ses infrastructures et la stabilité de son cadre de vie demeurent des piliers d'attractivité majeurs pour le Portugal face à la profonde incertitude parisienne.Réussir son expatriation ou l'optimisation de son patrimoine en 2026 quand on vit au Portugal nécessite de savoir arbitrer avec lucidité en ne tenant pas compte que de critères patrimoniaux, fiscaux ou financiers.
C'est mon humble avis. Merci pour votre attention."
Michel Lefrançois "
 
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L'Algarve, le paradis portugais
Olhao en Algarve, la Ria Formosa

 

 
Michel Lefrançois Lisbonne mai2026

Michel Lefrançois Lisbonne mai2026

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